12 septembre 2006

Friends

Je ne suis pas en manque d’amis. J‘ai des amis de lycée, qui habitent à côté de chez moi mais que je ne vois plus que sur msn, des amis de fac, qui habitent pleine campagne et qui viennent en ville tous les 36 du mois, une amie d’enfance, que je vois une fois par mois depuis bientôt 19 ans. Je relis ce que je viens d’écrire. Je ne suis pas seule au monde contrairement à ce que laissent supposer ces quelques lignes. Mais la place de meilleure amie est vacante depuis quelques temps. Depuis un an et demi. Dans toute ma vie j’ai eu trois meilleures amies, perdues au fil des ans.

Tout d’abord à l’école primaire. Ce premier jour d’école, en moyenne section de maternelle. Moi en larmes, morte de peur à l’idée d’affronter ces visages inconnus, de me séparer de ma mère pour la matinée. Je suis restée collée à l’institutrice pendant presque la journée entière. Et puis elle est arrivée, Amélie, elle m’a proposée de jouer avec elle, elle m’a rassurée et on ne s’est pas quitté pendant les 7 années suivantes.

Puis le collège. Elle part dans le privé, moi dans le public. De nouveaux des visages inconnus, à part quelques connaissances de l’école primaire. De nouveau tout à refaire. Et une nouvelle venue, Elise. Plus délurée, plus indépendante, plus folle. Mes parents ne l’appréciaient guère. Mauvaise fréquentation selon eux. Mais je ne me suis jamais autant amusée. Avec elle j’osais tout. Je transgressais les interdits, l’adolescence s’annonçait rock’n roll. Jusqu’à ce que la limite soit franchie. Je sèche une heure de perm (même pas de cours !). La sanction tombe : une heure de colle un mercredi après midi, peut être le meilleur de ma vie, étant collée avec mes copines. Mes parents sont furieux. Je prends le savon de ma vie. Leur petite fille chérie leur échappe. Il faut prendre des mesures. L’année suivante ils n’envoient dans le privé. Elise s’éloigne. De nouveau des visages inconnus mais pas seulement. Je retrouve quelques connaissances de l’école primaire et je retrouve Amélie. Mais elle a changé. J’ai 13 ans, je suis en 4e. A cet âge tout se joue. On devient une garce ou pas. Mais parents ont agi à temps de ce côté-là. Mais Amélie n’est plus la même. Je n’aime pas ses amies. Je n’aime pas ce collège. Je n’aime pas cette ambiance. Collège très privé. Mon éducation religieuse se résumant à rien je suis mal vue. Quoi tu n’es pas baptisée ? Tu ne vas jamais à la messe ? Tu n’es pas scout ? Je m’ennuie dans ce couvent. Je ne pense qu’à une chose, la fin de la 3e, partir au lycée, fuir.

Et comme tout a une fin j’arrive au lycée. De nouveau des visages inconnus, pas de connaissances du collège ou de l’école primaire. Je dois m’intégrer à des groupes déjà formés. Les débuts sont difficiles mais je fini par la découvrir, là, tout près, assise à côté de moi en cours de latin. Claire. Elle et moi-même combat. Nous nous comprenons d’un simple regard. Un haussement de sourcils, un clignement d’œil et le fou rire nous prend. Nous sommes identiques. Jamais une personne n’a autant été sur la même longueur d’onde que moi. Nous aimons les mêmes choses, nous partageons tout.

Puis la fac. Elle part du côté des matières littéraires, moi plus scientifiques. Nous nous voyons moins. Nous n’avons plus les mêmes préoccupations. Elle se cherche, cherche sa voie, sa vocation, doute. Moi je ne vois que ma licence comme le sésame de ma liberté. Je travaille. Elle sort. Elle a moins de travail, moins de pression. Nous n’avons plus les mêmes amis. La rupture arrive en février, sans prévenir, sournoise. Claire m’annonce tout de go que je suis passive. Puis plus rien. Pas de nouvelle ni d’explication pendant trois semaines. Je lui envoie trois textos. Rien. Elle m’envoie un mail obscur. Je n’y comprends rien. Je suis furieuse. Je lui réponds en la maudissant sur trois générations. Je lui dis poliment d’aller se faire voir. Fin de l’histoire. Parfois nous nous croisons en ville mais nous prenons un soin tout particulier pour nous éviter.

Elle me manque mais jamais je ne pourrais accepter que tout redevienne comme avant. Depuis j’ai de nouveaux amis. Mais point de meilleure amie. Bien sûr il y en une qui sort du lot, Alice,  que je vois plus souvent que les autres. Mais plus j'y réfléchis moins je nous trouve de points communs. Nous avons des goûts diamétralement opposés en matière de cinéma et de musique, nous ne venons pas du même milieu social, nous n'avons pas reçu la même éducation, nous ne vivons pas dans le même environnement (elle à la campagne, moi en ville). Le seul réel point commun est que nous sommes toutes deux filles uniques, statut si particulier. Mais ça s'arrête là.

Et cette année Alice est partie à Paris. Je change de promo mais je retrouve des copines. Je sens que ces deux prochaines années vont être compliquées. Je vais naviguer de promo en promo. Difficile d'établir des contacts, de se fixer. Je n'ai qu'une envie, finir ces fichues études. Tout changer, quitter mes parents, être indépendante, vivre ma vie sans avoir de compte à rendre à personne.

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