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15 février 2008
Je suis un mouton qui suit des moutons suivis par d'autres moutons
C’est ça la mode, une histoire de moutons.
Vendredi dernier, il faisait beau, il faisait chaud et, je ne sais pas pourquoi, personne n’avait cours. Partout des filles à frange, mèches, paletot, slim, ballerines, et… pliage Longchamp sur l’avant bras. Un troupeau de moutons était regroupé à l’arrêt de bus. Trois garçons, cinq filles, cinq pliages, deux fois le même que moi. J’en suis venue à détester mon sac.
Avant j’avais un sac en toile tout simple avec des tonnes de poches à l’intérieur. Je l’avais payé 7€ en soldes. C’était le dernier du magasin et jamais je n’ai vu une autre fille avec ce sac. Je l’adorais mais ce qui devait arriver arriva, l’usure a eu raison de lui. L’usure et la moutonnerie. Alors j’ai décidé que j’étais une grande fille, j’ai pris ma carte de crédit, je suis allée chez Longchamp et j’ai commencé ma nouvelle vie de fille trop à la mode de chez nous avec mon pliage. Mais je ne sais pas pourquoi, je voyais soudainement fleurir les pliages dans toute la ville. Ils étaient là depuis un moment mais avant je m’en fichais, j’avais mon sac que personne n’avait. Je me suis fondue dans le moule comme une ado de quinze ans.
Jusqu’à il y a peu je voulais faire comme tout le monde et la fac de sciences éco a été comme un retour au collège. Dans mon groupe de TD s’était établie une sournoise compétition de mode qui avait débuté chez les garçons. Le leader avait, soi disant, fait du mannequinat. Possible. Il avait de l’allure et tant qu’il ne montrait pas ses dents écartées et jaunies par la cigarette, tout allait bien. Mais surtout, il avait de l’argent et son passe temps préféré consistait à la dépenser afin d’alimenter sa collection de jeans Diesel et le nombre de paires de chaussures. Il pouvait mettre une paire de chaussures différente chaque jour pendant deux semaines. Et pas des Converses, non, des chaussures en cuir à bout pointu de mec fashion branchouille qui s’y croit. Ses amis/ courtisans/ lèches-cul/ caniches (barrez les mentions inutiles) essayaient de tenir le rythme et ce fut un perpétuel défilé de mode pendant deux ans. Les filles qui trouvaient grâce à leurs yeux répondaient, bien sûr, à des critères très précis basés sur le statut social, le revenu des parents et les signes extérieurs de richesse.
Tout ça aurait pu me laisser de marbre et j’aurais même pu me moquer gentiment. Mais ils étaient si arrogants, méprisants et prétentieux qu’ils critiquaient ouvertement les "gens normaux", c'est-à-dire le reste du monde après eux. Et chez eux "gens normaux" = pouilleux, beaufs, pauvres.
Forcément je n’allais pas à la fac de gaieté de cœur, non seulement à cause des cours qui me gonflaient, mais aussi à cause de ces gens qui me jugeaient dès que je croisais leur chemin. Et puis j’ai redoublé, eux sont passés en troisième année, je n’avais pas beaucoup de cours à la fac, je passais mon permis, j’avais autre chose à penser.
Alors quand j’ai acheté mon premier pliage une sorte de fierté s’est emparée de moi. Je me suis dit que moi aussi je pouvais avoir quelque chose qu’ils avaient. Mais comme j’ai changé de fac, ce sentiment n’a pas duré longtemps.
Je suis arrivée à Rennes 2 bourrée de préjugés : une fac de hippies qui ne se lavent pas, qui passent leur temps à faire des blocages et des manifs, bref des glandeurs. Les premiers jours n’ont fait que renforcer ces idées. Et puis j’ai appris à connaître les gens. Le fait d’avoir trois ans de plus me donne d’avantage de recul. Mais surtout il n’y a plus aucune compétition. Je n’ai rien changé dans ma façon de m’habiller. Avant, certains regards me faisaient comprendre que je n’y connaissais rien à la mode, aujourd’hui j’ai droit à des compliments. J’ai été libérée d’une pression des apparences.
Les autres filles ont toutes un style très différent mais très marqué. Elles se fichent des marques et n’y connaissent même pas grand-chose en matière de sacs tendance (elles ont fait une tête pas possible quand je leur ai montré un 24h de Darel et que je leur ai dit que ça coûtait 240€. Réaction immédiate : "mais comment peut-on mettre 240€ dans un sac ??").
Mais voilà, avec mon pliage, mon nouveau manteau, mes bottes, mon jean (pas slim quand même, sinon bonjour l’effet fesses de baleine !) et ma demi mèche, j’ai l’impression de me transformer comme ces filles que je détestais. Plus personne ne me juge mais je me fonds quand même dans le moule imposé dans mon anciennes fac. Parfois j’ai l’impression que les filles de Rennes 2 qui ne répondent à aucun critère vestimentaire précis ont plus de personnalité et de style que ces filles de l’arrêt de bus et leur Longchamp.
J’aime mes vêtements, j’aime mon sac, je l’ai voulu, je l’ai acheté. Mais je n’aime pas voir quinze exemplaires de mon pliage partout. J’ai l’impression de faire partie d’une secte. Maintenant que je suis amie avec des filles radicalement différentes je perds un peu mes repères. Ce que je croyais tendance, je ne le vois plus nulle part, ou bien sur des lycéennes aux arrêts de bus.
Mais d’un autre côté, les filles de Rennes 2 sont également pleines d’idées reçues sur les filles à pliage. Sac de pétasse friquée. "Quoi t’as un Longchamp ? mais pourtant t’es sympa". Je crois qu’au fond, c’est un peu ce que je voulais, prouver qu’on peut avoir certains signes extérieurs de mode sans être une odieuse prétentieuse arrogante insupportable poufiasse. Mais il n’empêche que je cherche encore l’unique sac de ma vie que je ne verrai pas en cinq exemplaires à un arrêt de bus.
21:37 | Lien permanent | Commentaires (9)




Commentaires
Oula, mais tu te lances dans la quête du Graal... trouver le sac que tu aimes, qui corresponde à ta personnalité, que tu pourras sortir en toutes occasions, qui ne se trouve pas à toutes les épaules et qui ne coûte pas un bras.
Sinon, ça me paraît normal que tes goûts évoluent au contact de personnes différentes. La partie difficile consiste à piocher chez les autres pour l'inspiration, sans chambouler l'intégralité de sa garde-robe.
En tout cas, vue la description que tu fais de ton ancienne fac, je comprends que tu aies eu envie de fuir...
Ecrit par : Lu' | 15 février 2008
Je me suis fait la même réflexion, à lyon aussi les rues sont pleines de franges/slim/Longchamps.la plus part c'est des petites lycéennes. J'étais au lycée il n'y a pas si longtemps , dans un petit privé mais assez mixte socialement, et il n'y avait pas trop de copié collé! J'ai un pliage rose bonbon que je sors l'Ete à cause de sa couleur et mes copines me font la même réflexion, c'est un sac de bourge. Alors que moi, c'est juste un sac rose bonbon que j'ai acheté dans un dépot vente ( les friperies des bourges!). J'ai un autre pliage, mais c'est un petit sac à dos, pas vraiment le modèle it! en plus il est rouge/orange... c'est le sac qui se voit de loin, et en Angleterre c'était mon moyen de reconnaissance! J'ai un autre must have, c'est mon gros sac H&M argent pour les cours. Il est sorti en noir, en argent et en bleu canard, vu son prix, sa taille et sa plutôt bonne qualité, on le voit sur plein d'étudiantes.
A noel je me suis offerte une petite besace beige, tres pratique, je n'ai pas un sac lourd que je me trimballe sur l'avant bras! et je ne peux pas mettre des tas de maquillage dedans au moins! et personne ne l'a! j'ai rien contre le 24h, si ce n'est son prix, mais à Paris l'avoir vu sur 3 filles sur 4, j'avais envie de prendre mes jambes à mon coup et d'aller vivre à la Campagne. Après j'ai vu into the wild et donc...
voilà ton article est génial! je vais faire tâche avec mon article moi!
Ecrit par : camille la it girl | 15 février 2008
Très bonne analyse.
Dans ma fac de droit, il y avait de tout niveau style. Quand je suis arrivée dans mon école privée, j'ai cru que j'allais me retrouver avec des filles et garçons fashion et snob. Résultat je passe pour la fashion et snob (oui car la bas, mode= snob), parce que je ne viens pas habillée n'importe comment, et que j'aime me faire jolie. Les filles de ma classe sont du style à venir en jogging ou habillées avec ce qui leur passe sous la main, pas toujours coiffées ou maquillées (je précise que je ne met pas une tonne de maquillage, juste le basique). Ce n'est pas hippy, c'est plutot, naturel et simple. Ailleurs je passe juste pour une fille normale qui aime la mode sans trop en faire.
Ecrit par : Mlleacb | 16 février 2008
Voilà pourquoi je n'arrive plus à porter mon Pliage rose pétard. Toutes les filles toulousaines en ont un, et comme ce sont des nanas qui le portent avec des habits très vulgaires, je ne peux plus mettre le mien. J'aurais l'impression de leur ressembler. J'avais acheté le mien en soldes une vingtaine d'euros, donc ça ne me crève pas trop le coeur, mais de le voir dans mon coffre à "jouets", oui... Le sac de ma vie, c'est un cadeau : il est rouge, avec une coupe un peu musette très chic, un rectangle vertical, en cuir lisse, et de longues anses. Il a trois compartiments, et une grosse cocarde plate rouge en cuir lisse sous le cadenas. C'est une marque de malade, mais ça ne se voit pas car, heureusement, il n'a pas de logo, et ce n'est pour sa marque que je l'aime. Je l'aime parce qu'il est rouge -très peu en portent de cette couleur- que sa forme est TRES originale (c'est ce qu'on m'en dit toujours), et parce qu'il fait vraiment rétro. Et qu'il m'a été offert par une personne à qui je tiens beaucoup. Et puis, la plupart de mes autres sacs me viennent d'une tante qui fait les puces, du coup, ils sont souvent très vieux, uniques, et patinés. Mon 24h, je le porte souvent en Normandie, car dans la famille de mon amoureux, personne ne l'a, et à Toulouse, où il est encore très peu porté, surtout dans ma couleur, rose pâle. Depuis que je suis toute petite, je n'ai jamais été habillée à la mode que suivait ma génération, car je n'ai jamais été "formée" pour, ou que je trouvais leur style moche. Mon Longchamp, je l'avais acheté après que Camille m'a vanté ses qualités, et parce que j'avais besoin d'un sac à emporter facilement dans mes valises, un sac pas cher (et rose), et pratique. Mais comme toi, je ne veux pas être un mouton, du coup, je ne l'assume plus...
Ecrit par : Princesse Audrey | 16 février 2008
Ah toi aussi tu l'as en rose Audrey ( ça ne m'étonne pas) je continue à l'aimer moi mon pliage, il est simple et pratique. Et à lyon, on en voit plus tellement finalement, mais c'est vrai que pour mes amies, c'est un sac de "bourge". Alors quand je sors mon cabas Vanessa Bruno, je vous raconte pas... lol
Ecrit par : camille la it girl | 16 février 2008
Je sais que c'est très cliché venant de moi, le rose... Mais c'est une couleur toujours soldée, et que les poupouffes toulousaines en string apparent délaissent au profit des pliages noirs ou camel... Avec mon rose, du coup, je ressemble plus à Elle Woods qu'à elles...
Ecrit par : Princesse Audrey | 16 février 2008
c'est vrai qu'on le voit beaucoup en camel ou en noir. Les nouveaux roses sont moins beaux je trouve, moi il est vraiment flash. Tu n'avais pas un modèle noir aussi, je me souviens que tu en parlais il y a über longtemps; Ne vas pas à Paris trop souvent, tu vas devoir ranger ton 24h sinon... quoi qu'à lyon dans les beaux quartiers, il est à tous les bras...
Ecrit par : camille la it girl | 16 février 2008
Je l'ai seulement en rose fuschia, il était en photo sur mon blog Elle il y a super longtemps... Rose plus falshy que Barbie -si il faut, on a le même !
Ecrit par : Princesse Audrey | 16 février 2008
Le collège n'est pas si loin quand je lis cette note...
Tout ce que je déteste :s, comment s'y retrouver, avoir son propre style ?
Courage, courage, tu es unique, tu es Lyly June :) !
Ecrit par : Shopgirl | 17 février 2008
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