13 mars 2009

Do the panic

 

 

 

Je ne fais plus rien. Je ne travaille plus ou presque. J'ai du mal à me souvenir du dernier cours que j'ai eu. Je vis entre ma chambre, la cuisine, la télé, l'ordinateur. Parfois je sors parce qu'il le faut bien, je m'oblige à me rendre présentable, coiffée, maquillée et à ne plus mettre mon vieux jean troué. Je lis des romans en anglais pour ne pas perdre le peu de vocabulaire acquis, j'attends le prochain épisode de Lost et Gossip Girl comme une morte de faim, je re regarde l'épisode 4 de la saison 1 des Tudors parce qu'Henry Cavill is a total babe, je vois des films en vo, je fais comme je peux mais je n'en peux plus.

Je n'en peux plus de ces AG qui durent quatre heures, de ces gens qui prennent quatre à cinq fois la parole pour dire la même chose, de ces votes faits de telle façon que les bloqueurs gagneront toujours. Je n'ai toujours pas mes notes du premier semestre. En janvier on riait en disant qu'on les aurait peut être en avril, maintenant j'ai envie de menacer de mort le premier qui me donne un tract pour une énième manifestation qui, contrairement aux dires des syndicalistes, n'a aucune répercussion médiatique.

Hier je suis allée à l'AG avec BFF. On a écouté l'album Gossip Girl sur mon ipod, on a débriefé sur le petit pot de colle (le point de rupture est proche, heureusement qu'on ne la voit plus à la fac), on a papoté avec les gens assis à côté de nous, on a maté les mecs et les filles plus blondes que nous. On est arrivé à 14h30, on est reparti à 18h15. Tout ça pour rien. Rien ne se passe. Ils prennent la parole, veulent la grève générale, vote l'insurrection (gnééééé ????) ou la prise de la présidence (prochaine étape : la décapitation du président de l'université), jamais rien de concret ni d'organisé. Je ne vais à la fac qu'en cas de force majeure ou d'ennui mortel à la maison car plus je les écoute, plus j'ai envie de poser une bombe chez Besancenot (cette phrase va me faire repérer par la DGSE :).

Un seul sait s'exprimer. L'année dernière pendant la grève de la LRU, BFF et moi étions en admiration devant son aisance à la tribune. Il passait à la télé parce qu'il avait un discours clair et construit. Cette année on ne le voyait pas, jusqu'à hier. Mais soudain il me fait peur. Toujours ce discours parfaitement déclamé, cette voix posée et un charisme indéniable. Sauf que je n'en peux plus. Mais lui, avec son don d'orateur, a le pouvoir de retourner une foule comme il veut. Il a le pouvoir de tout arrêter comme de tout bloquer. C'est plus facile de siffler quelqu'un qui ne sait pas aligner deux mots à grand coups de « oh ta gueule, rentre chez ta mère ». La moitié de ceux qui s'expriment, c'est ça. Heureusement, parce que si tous savaient parler en public, si tous pouvaient rendre leurs arguments quasi irréfutables grâce à une maîtrise parfaite de la rhétorique, on n'aurait jamais cours.

Je ne sais pas ce qu'il va se passer. Chaque semaine la colère des anti-bloqueurs monte un peu plus mais rien ne se passe. Il y a deux jours un message sur facebook disait que le président de l'université pourrait reporter les examens en septembre. J'étais paniquée. Et mon départ pour l'Angleterre ? J'ai envoyé un mail catastrophé à la prof en charge des échanges erasmus. Elle m'a rassurée mais je n'en peux plus. Je ne ferai pas mon master dans cette fac, je ne veux plus entendre parler de blocage, d'AG, de vote, de quoi que ce soit, je sature. Je ne sais pas à qui en vouloir le plus, au petit syndicaliste de Sud Etudiant qui organise des piquets de grève, au président de l'université qui fait le mort depuis un mois et demi, aux profs qui ont disparu de la circulation, à Valérie Pécresse, à Sarkozy. Je ne sais plus. J'en veux autant à l'extrême gauche qu'à l'UMP. Je veux juste travailler.

 

Commentaires

Je comprends ton sentiment. Et pourtant je suis une gaucho convaincue mais je serais pareil à ta place. En ce moment, la Sorbonne est fermée, ouverte, fermée, ouverte. C'est infernal. On ne sait jamais si on va pouvoir entrer ou non. Et parfois, c'est ouvert mais l'école est fermée. C'est vraiment vraiment pénible. Je n'aime pas cette ambiance, CRS partout, contrôle des sacs par les vigiles qui se prennent pour César...
Au moins moi j'ai une thèse à écrire et la BnF, entre autres, pour travailler...
j'espère pour toi que ça va se calmer. Viens à Paris ! on t'occupera !

Écrit par : Sorcière Camomille | 13 mars 2009

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C'est un peu pareil à Bordeaux... en fait je crois que c'est pareil partout... Je ne pars pas en Erasmus l'an prochain, mais c'est ma deuxième première année, et si on doit rattrapper les cours jusqu'en juin (selon certaines rumeurs), ben je pourrais pas, et je pourrais pas continuer mes études... Je sais bien qu'il faut "sacrifier" une génération pour un bénéfice plus grand, mais quand même... et pareil, j'ai l'impression que c'est tout ça pour rien...

Écrit par : Miscellaneous | 13 mars 2009

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Je suis dans la même fac que toi. J'ai quitté une fac dans laquelle je n'ai jamais connu de blocage ni d'AG pour venir étudier (?) dans la fac que j'ai surnommée "la Rouge". Ne connaissant pas ce système particulier d'AG-manif-AG-manif-AG-ect., je pensais que ca passerait vite. Force est de constater que ça duuuuure. Et je ne vois pas l'intérêt pour les étudiants et leurs revendications de parler en AG de la Guadeloupe, Martinique, réforme du système hospitalier.
Dans cette situation délicate de blocage de la fac, j'ai "l'avantage" d'être en master. L'important cette année c'est mon mémoire. Bon, je n'ai pas mes notes du premier semestre. Ce qui est handicapant, puisque venant d'une autre fac, je ne sais pas ce que je vaut ici et encore moins si j'ai des matières (voire même combien de matières) à rattraper. De plus, j'ai horreur de ce climat de tension qui règne dans les couloirs de la fac quand on arrive à passer les piquets de grève et que les BS ont ouvertes. Cependant, je souhaite être prof, et je suis profondément contre la réforme des ifum et du recrutement des professeurs.
Ma position est ambiguë. Je souhaite qu'on reprenne vite les cours et que la réforme dite "masterisation" soit retravaillée voire même supprimée.

Écrit par : Praline | 14 mars 2009

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Oui tiens, y'a ça aussi, le "mélange des causes"... Je ne suis pas contre la solidarité, heing, mais je pense quand même qu'il vaudrait mieux se concentrer sur un seul but plutôt que de voir, comme l'an dernier, des panneaux pour toutes les causes (les sans-papiers par exemple), trop de dispersion tue la motivation (ouah)

Écrit par : Miscellaneous | 14 mars 2009

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Je ne sais pas dans quelle fac tu es, mais de toutes façons seules les licences peuvent être bloquée pas les masters donc tu peux faire ton master dans la fac où tu te trouves...

Dans le sud ouest, dans l'ouest, dans l'auvergne tout est toujours bloqué alors peu importe la région...
Courage !!!

Écrit par : Choupichat | 14 mars 2009

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C'est pour les mêmes raisons que j'ai abandonné mes études de cinéma-audiovisuel, en 2000 (ouh pinaise, en 2000...!). J'habite Villejuif (banlieue sud de Paris) et j'allais à la fac de Saint-Denis (banlieue nord de Paris). Tous les jours, une heure trente de transport aller et la même chose au retour.
Et une fois sur place, je trouvais une fac barricadée. La cause pour laquelle les étudiants se battaient était juste : ils voulaient que tous les étudiants aient des papiers français. Une seule cause, pour le coup. Mais le résultat était le même pour moi : je venais pour rien.
Alors, comme toi, au départ, vu que j'étais sur place, je participais aux AG, je discutais avec ceux qui distribuaient des tracts, etc...
MAis au bout d'un mois, j'ai fini par ne plus y aller. Trop la flemme.
L'année d'après, je me suis inscrite en Anglais.
Dans une autre fac.
Ce qui est dommage, c'est que j'avais obtenu de très bonnes notes au 1er semestre...

Aller, courage !
En plus, si la Dame Erasmus te rassure, c'est que tu ne devrais pas avoir trop de problèmes de ce côté-là.

Écrit par : Céline | 14 mars 2009

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bonsoir,
je viens de lire votre article et quelques commentaires. Ceux qui souhaitent devenir profs ne doivent pas trop s'inquiéter. Il y aura forcément des concours de recrutement. Reste à savoir quelle forme prendra votre formation post-réussite au concours. Si vous connaissez des gens passés par les IUFM, vous les avez sûrement entendu parler des formations où ils allaient perdre leur temps... Attention aux discours alarmistes ! La formation c'est aussi personnel et on cherche forcément les réponses aux questions que l'on se pose. Faites confiance à vos aînés, n'hésitez pas à demander de l'aide à vos collègues quand vous serez en poste. C'est dans cet échange avec des profs motivés, innovants, et ayant réfléchi à leurs pratiques que l'on apprend!

En attendant que vos facs soient débloquées, continuez à bosser! Montez des groupes de travail pour rester motivés et croyez aussi que la voix de ceux qui sont contre les blocages peut être entendue. Prenez contact avec vos profs et essayez de voir ce qu'ils vous conseillent !

Bon courage à tous

Écrit par : Framboise | 14 mars 2009

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Ça se comprend (trop) bien, c'est le même "problème" que pour les grèves dans la fonction publique. Jusqu'où peut-on aller ? C'est ça le problème ... :)

Écrit par : Gaby | 15 mars 2009

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L'année de ma maîtrise était celle de la réforme LMD. En gros, j'ai eu cours exactement 73 jours sur toute l'année universitaire. J'ai eu les plus longues vacances de ma vie (forcée), c'était en 2005-2006. Les étudiants ont pris en otage la fac, ont fait pousser du cannabis (c'est bon, t'es fichée à la DGSE avec des mots-clefs pareils) dans l'arche, un très grand bâtiment flambant neuf, le seul à l'époque avec des toilettes sur un campus qui demande 40 mins à pieds pour être parcouru. Ils ont arraché les interruptueurs, dénudé les câbles, de façon à prendre le jus si on cherchait à l'aveuglette à allumer les interrupeurs. Ils ont tout taggé. Ils écoutaient une caricature de chanson de rébellion "Smells like teen spirit" et avaient éventré des écrans d'ordi fixes. Ils avaient bloqué avec des chaises et des cadenas l'accès aux grilles des salles et ils fumaient des joints, buvaient des bières à 1€ devant la fac en jouant de la guitare. Ils étaient une vingtaine de branleurs défoncés et bourrés qui dormaient sur place et qui bloquaient tout. Impossible d'avoir le moindre dialogue avec eux, il y en a un qui m'a frappée au visage parce que je voulais rentrer quand même poser un truc dans la boîte aux lettres de mon directeur de mémoire et que je lui demandais poliment. Il m'a traitée de pute capitaliste parce que je le vouvoyais. J'ai toujours détesté ma fac, mais quand j'ai découvert dans quel état elle était à cause d'eux, j'ai pleuré de dégoût. Comment peut-on faire ça à des locaux destinés à l'enseignement, au savoir ? Comment peut-on aussi laisser faire ça ? J'ai toujours défendu le droit de grève, mais celui à l'instruction et l'accès aux diplômes aussi. La réforme LMD est quand même passée, mon année a été bousillée par des branleurs qui flippaient à l'idée de passer leurs partiels et bosser, et ma fac est encore dans le même état, à peu de choses près, qu'il y a trois-quatre ans.

Écrit par : Princesse Audrey | 15 mars 2009

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Je te lis Lyly June et je souffre pour toi. J'ai été dans la même fac que Princesse Audrey, et moi c'était l'année du CPE. Je me souviens des insomnies car l'accès à la bibliothèque était bloqué et j'avais un mémoire à terminer et je ne voyais pas comment. J'ai perdu 2 kilos cette année-là avec le stress, j'ai quand même réussi à soutenir mon mémoire en septembre au lieu de juin mais je ne suis jamais retournée dans ma fac, j'ai poursuivi mes études ailleurs, dans d'autres villes. Ta fac et la mienne sont les pires à peu de choses près, mais la situation est déplorable partout.
Tout ça pour dire que maintenant que mes études sont finies et que je sais que je n'ai plus à aller dans cette fac où il est impossible de travailler, je ne peux que comprendre et te soutenir par la pensée. Il faut tenir bon et surtout essayer de motiver tes ami-e-s à venir voter pour le débloquage car c'est la seule manière de calmer les bloqueurs, leur montrer que non, ils ne sont pas soutenus par une majorité d'étudiants.
Et fais très attention aux rumeurs, je crois que c'est ce qui peut flinguer le moral et rendre complètement dingue le plus vite possible. Si tu as besoin d'une info, essaye de la récupérer au maximum à la source (profs, dames de l'administration) car les bloqueurs comme les non-bloqueurs aiment bien manipuler l'opinion publique à coups de fausses rumeurs. J'en ai été victime plusieurs fois cette année-là et ça a définitivement ruiné mes relations avec mon directeur de recherches...
Quant à ton année Erasmus, ne t'en fais pas, ça m'étonnerait que l'administration vous mette des bâtons dans les roues, au final tu arriveras probablement à la faire :)

Écrit par : Winnie | 16 mars 2009

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J'te comprends moi aussi... J'étais en L1 pour le CPE, ma fac a été une des facs qui a été bloquée le plus longtemps (jussieu) (1mois1/2). Et là, je suis en M1 et hop rebelote, là c'est en grève depuis fin janvier... Et ça risque de durer au moins jusqu'à fin mars-début avril... Bon, par contre cette fois la BU est accessible, mais bon perso je fais mon M1 en deux ans, donc j'ai pas de mémoire à écrire cette année... mais ça me saoule pour les cours, surtout qu'à priori les exams ne vont pas être décalés (les premiers exams sont début mai et y'a des matières où on n'a pas eu un seul cours)...
Autant en L1 j'allais aux AG et tout pour espérer faire lever le blocage (on avait constitué un groupe, on organisait des trucs anti-blocage et tout, mais comme tu l'as bien décrit, ça sert à rien), et cette année, je m'occupe de rien, je m'intéresse à rien, je fais autre chose de mes journées et j'attends que ça passe. Ils sont tellement pitoyables ces étudiants que pfff, j'préfère faire genre 'je vois rien', sinon ça va m'énerver...

Bref, bon courage...

Écrit par : Mélanie | 16 mars 2009

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